septembre 2014

Le malaise adolescent

Il grandit selon une étude de l'Unicef menée en France pour la 2e année consécutive. Pour les jeunes, le relationnel est compliqué et les perspectives floues.

  • commentercommenter
  • envoyerenvoyer
  • imprimerimprimer
  • caractèrePLUSMOINS
L'Unicef est inquiète : "la prévalence des idées suicidaires, de la tentative de suicide et des conduites addictives chez les adolescents est d'une ampleur inquiétante". Source de l'alarme ? Une enquête menée de mars à mai 2014 auprès de 11232 "enfants" de 6 à 18 ans (dont 62 % âgés de 12 à 18 ans) (1). L'organisme en tire deux conclusions principales, dont celle-ci : "plus du tiers des participants est en situation de souffrance psychologique et cette proportion augmente avec l'âge, atteignant 43 % des plus de 15 ans".

La question du suicide 

Parmi les sources d'inquiétude, cette question fortement présente chez les 12-18 ans : l’idée du suicide concerne 28 % des participants, en particulier les filles, tandis que la tentative de suicide aurait été vécue par près de 11 % d’entre eux. Parmi les facteurs de risques explorés dans le rapport, le harcèlement sur les réseaux sociaux apparaît comme jouant un rôle crucial dans le passage à l’acte en multipliant les risques par plus de 3.
Le rapport lie également souffrance psychologique et conduites addictives, ce qui n'est pas forcément en corrélation. Il n'empêche que de ce côté aussi, les pratiques sont préoccupantes : la consommation de drogue et d’alcool augmente drastiquement avec l’âge : plus de 41 % des plus de 15 ans disent consommer de l’alcool et avoir déjà été en état d’ivresse et près de 32 % consommer de la drogue ou fumer du cannabis.

Privation et intégration

L'autre information essentielle du rapport n'est pas une surprise : "les enfants en situation de privation cumulent les difficultés en matière d’intégration sociale".
Un peu plus de 17 % des jeunes consultés sont en situation de privation matérielle. Sans surprise non plus, cette proportion croît selon l’âge (24 % chez les plus de 15 ans), chez les enfants vivant dans des familles monoparentales (26,8 %) et parmi les enfants vivant dans un quartier «insécurisant» (31,6 %). L’étude confirme le lien entre privation et difficultés d’intégration. "Ce que nous disent les enfants et les adolescents à travers la consultation confirme que vivre en situation de privation constitue pour eux un facteur de risque de vivre en même temps des expériences de difficultés d’intégration, dans toutes ses dimensions (famille, école, quartier, collectivité)".
Les rapporteurs de l'étude font également l'hypothèse que "ce phénomène de cumul des inégalités a une forte probabilité d’être vécue par les enfants et les adolescents comme une souffrance". Ce qui nourrit une explication à la première conclusion.

Relationnel en souffrance

L'Unicef a voulu explorer un axe plus difficile à cerner : la qualité des relations avec l'entourage et son effet sur le bien-être "psychoaffectif".
"Si les participants se sentent globalement plutôt bien dans leur vie" positivent les chercheurs, "une forte proportion dit ne pas se sentir valorisée par son père et vivre des relations tendues avec ses deux parents. Ce sentiment de manque de reconnaissance ainsi que les tensions familiales croissent avec l’âge, le niveau de privation et l’insécurité du cadre de vie".
L'école est également mise en cause : "elle ne joue pas son rôle de reconnaissance et de protection pour un grand nombre d’enfants : 45 % des 6-18 ans interrogés se sentent vraiment angoissés de ne pas réussir assez bien à l’école. Cette proportion passe à près de 60 % chez ceux vivant une situation de privation". 
Les difficultés rencontrées  se traduisent par des souffrances psychologiques chez un peu plus de 36 % d’entre eux. Le fait d’être une fille, la peur de l’échec scolaire et le harcèlement sur les réseaux sociaux augmentent de manière significative les risques de souffrances psychologiques.
La situation est préoccupante et l'Unicef veut le faire savoir. "Nous voulons attirer l’attention des pouvoirs publics, mais aussi de la société civile tout entière, sur nos adolescents trop souvent incompris et trop vite jugés" dit Michèle Barzach, présidente d’Unicef France. "Nous nous devons de les écouter, de les accompagner jusqu’à l’âge adulte, vers lequel ils avancent avec un mélange d’envie et d’appréhensions". Le rapport sera remis à Laurence Rossignol, secrétaire d’Etat à la Famille, aux Personnes âgées et à l’Autonomie et à Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l’exclusion, le 23 septembre.

(1)
Les jeunes interrogés ont répondu à plus de 150 questions sur les différents aspects de leur vie en famille, à l’école, dans leur quartier et dans leur ville. A partir de ce matériau, quatre grandes thématiques ont été analysées par le laboratoire Cités et Sociétés, en collaboration avec Serge Paugam, chercheur et sociologue (CNRS-EHESS) et Catherine Dolto, haptopsychothérapeute : les privations et les difficultés d’intégration ; les dimensions du mal-être ; les adolescents et le suicide ; et enfin, les adolescents et les conduites à risque. 

Retour

Commentaires

Afin de poster un commentaire, identifiez-vous.

Se connecter S'inscrire

articles

express

Santé : « À chaque situation, son numéro »


janvier 2026
Après les fêtes, voici le froid et le verglas et leur lot de blessures : en période de forte tension sanitaire, les besoins de soins augmentent fortement. S'y ajoutent les vagues épidémiques (grippe, bronchiolite, Covid…), les fermetures temporaires de cabinets médicaux pendant les congés et les grèves du personnel médical. L'afflux de patients peuvent conduire à une saturation du Centre 15, qui gère les appels d’urgence pour le Doubs, le Jura, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort. Afin d’anticiper ces situations, le CHU de Besançon et l’Acoreli, association regroupant les médecins régulateurs libéraux, lancent une campagne d’information à destination du grand public : « À chaque situation, son numéro ». Résumé :
Le 15 doit être appelé sans hésiter dès lors qu’une situation paraît grave ou urgente : malaise, douleurs thoraciques, difficultés respiratoires, perte de connaissance, accident, symptômes soudains et inquiétants, etc. Chaque appel est traité par des professionnels de santé, assistant de régulation médicale puis médecin régulateur urgentiste, qui évaluent la situation et apportent la réponse la plus adaptée.
Lorsque la situation ne relève pas de l’urgence, il est important de privilégier d'autres circuits :
- contacter son médecin traitant.
- en cas d’indisponibilité, consulter le site sante.fr, qui permet d’identifier les lieux de soins et professionnels disponibles sur le territoire.
- enfin, si vous ne trouverez pas de médecin généraliste, appelez le 116 117, numéro de la permanence des soins, accessible la nuit en semaine de 20 h à 8 h, le samedi de 12 h à 20 h, le dimanche et les jours fériés de 8 h à 20 h. Un médecin régulateur libéral de l’Acoreli prendra en charge votre appel.
Le CHU rappelle qu'en adoptant les bons réflexes, chacun contribue à réduire la saturation des lignes d’urgence, garantir une réponse rapide aux patients en détresse, préserver l’efficacité du système de soins pour tous.

Numérique et dépendance


janvier 2026
L'addiction aux jeux vidéos est pour l'instant la seule reconnue comme maladie par l'Organisation mondiale de la santé. Les autres formes de dépendance au numérique, de l'attachement à l'objet au besoin de consultation et à l"usage intensif sont classés dans différentes catégories de troubles du comportement comme l'anxiété ou les comportements compulsifs. A noter que l'isolement social peut-être cause, conséquence et/ou symptôme de la dépendance au numérique. 

Alcools


octobre 2025
Le neurobiologiste Mickael Naassila vient de publier J'arrête de boire sans devenir chiant (éditions Solar, 18 euros). Son propos : à aucun moment l'alcool n'est bénéfique à la santé et toute consommation, même minime, comporte des risques. Les seuils de déclenchement de cancers sont par exemple assez bas. Sinon : risques cardiovasculaires, atteintes au foie, déficits congitifs, démence précoce, violence, accidents de la route. Et si chacun souhaite faire le point sur sa consommation : mydefi.life. Santé !

Centre garatuit d'information, de dépistage et de diagnostic du Doubs-Jura


octobre 2025
Cet organisme assure un accueil anonyme, confidentiel et gratuit pour le dépistage, la prévention, le traitement et le suivi des infections sexuellement transmissibles. Il propose également un service de vaccination (hépatite A et B, HPV), une évaluation des risques, la délivrance de contraception d'urgence et des conseils personnalisés en santé sexuelle. Accueils à Besançon (15 avenue Denfert Rochereau, 0381634450), Montbéliard (40 faubourg de Besançon, 0381993700); dole (CH, 73 avenue Léon Jouhaux, 0384798077), Lons (CH, 55 rue du Dr Jean Michel, 0384356206). Infos sur ahs-fc.fr.

Deuil périnatal


octobre 2025
Peu évoqué dans le débat public, le deuil périnatal concerne les pertes de grossesses précoces du premier trimestre (200 000 par an en France) et la mortalité périnatale (interruption médicale de grossesse, décès in utero, à la naissance ou au cours des 7 premiers jours de vie) touchant près de 7 000 femmes et couples chaque année. Ce drame conduit à un traumatisme qui varie selon le moment de la grossesse ou encore, selon l'expérience personnelle propre à chaque femme et chaque couple. D'après le CHU de Besançon, les grossesses arrêtées précocement (GAP) concernent 15 à 20 % des grossesses au premier trimestre. Un chiffre conséquent " mais une prise en charge morcelée et hétérogène, avec des parcours peu lisibles, des moyens limités et un accompagnement insuffisant, ce qui aggrave la souffrance des patientes et des couples" . Pour répondre à ces lacunes, le CHU a mis en place une nouvelle filière de soins novatrice dans notre région dédiée entièrement aux GAP pilotée par un médecin référent, visant à offrir un parcours structuré, coordonné, plus humain, alliant prise en charge médicale adaptée et soutien psychologique. Parmi les actions mises en oeuvre figurent des consultations post-GAP spécifiques, des parcours mieux identifiés, un protocole standardisé, des supports pédagogiques pour les patientes etr les fratries, la création d’une box ressource à disposition. Le CHU souhaite aménager une nouvelle pièce dédiée appelée « salon des anges » et la rendre propice au recueillement. Pour mener à bien cette initiative, le fonds Phisalix (fonds de dotation du CHU) est à la recherche de 10 000 €. Chacun peut y contribuer ici.
Voir tout