Avril 2004 : jeune groupe franc-comtois d’à peine deux ans d’existence, le Ritary Ensemble est au QuecumBar de Londres, salle spécialisée dans le jazz manouche, pour 3 jours de stages et concerts. Le trio reçoit un accueil qui les surprend encore. «C’était démesuré, on avait l’impression d’être un grand groupe de rock» raconte le contrebassiste, Vladimir Torres. Leur notoriété est alors déjà plus grande qu’ils ne le pensent. «Des gens sont venus dire à Hervé (guitariste d’accompagnement) qu’ils l’avaient filmé en concert des années auparavant et qu’ils s’échinaient depuis à copier son style. Il a répondu qu’il y avait des gens plus connus à copier mais ils n’en démordaient pas : "c’est votre façon de jouer qui nous plaît !"». En octobre dernier, le trio reçoit un accueil comparable aux Etats-Unis pour le Djangofest Northeast de Philadelphie. Visiblement, le nom Ritary Ensemble a déjà fait le tour de la planète manouche… Vladimir Torres, le contrebassiste, raconte encore son étonnement lorsqu’il a pris contact par mail avec les organisateurs d’un festival en Argentine : eux aussi connaissaient déjà le nom Ritary. Le trio a enregistré plusieurs disques, aux échos très favorables et chaque année depuis 2002, le nombre de concerts double. Et 2005 à peine entamée, l’agenda est déjà bien fourni. En avril et mai, le Ritary Ensemble sera successivement au Django Memorial d’Augsburg (Allemagne), au QuecumBar à Londres, au Djangofest de New York avant une tournée en Uruguay et en Argentine ! Aux Etats-Unis, un luthier a même décidé d’endorser le groupe en lui fabriquant des guitares personnalisées. «C’est un comble, on est plus connus en Angleterre et aux Etats-Unis, où l’on trouve un public vraiment féru, qu’à Besançon ou Dole». Sur le mode "nul n’est prophète…", Vladimir avance son explication : «les gens ici nous ont vus naître et grandir, on est pour eux un groupe local. Quand ils veulent programmer quelqu’un dans notre style, ils préfèrent annoncer un groupe qui vient de l’autre bout de la France ou d’ailleurs, ça fait plus exotique».
Les destins se déterminent parfois à peu de choses. En 99, alors qu’il a appris à jouer de la guitare en autodidacte depuis l’âge de 14 ans, Ritary Gaguenetti, éprouve une certaine forme de lassitude, laisse tomber la musique et se consacre durant deux ans à la danse hip-hop. Un break qui aujourd’hui le fait sourire et dont il parle comme d’un palier. «C’est revenu lors d’un festival où j’ai revu des musiciens qui avaient fait de gros progrès. Ca m’a boosté, j’avais l’envie, la rage, j’ai repris deux fois plus vite».
Un second élément décisif intervient alors, la rencontre avec Vladimir Torres en 2001. Une rencontre musicale et humaine qui aboutit à la création du trio Ritary Ensemble avec Hervé Gaguenetti, cousin de Ritary, guitariste également. Trois ans après, Ritary est donc connu à Londres et à New York, voyage autour du monde grâce à la musique mais n’a toujours pas pris un cours de guitare.
«J’ai appris la guitare seul à raison
de sept à huit heures par jours»
«Je baigne dans cette musique depuis tout petit, j’en ai tellement écouté que ça fait partie du quotidien». Il faut aussi dire que le guitariste a de qui tenir : son père a connu une certaine notoriété dans la région, à la tête du Hot Club de Dole. Mais son apprentissage, Ritary l'a fait seul, à partir du moment où, adolescent, il a pris en mains une guitare. Dès lors, il s'est mis à jouer 7 à 8 heures par jour, en a fait son loisir de prédilection au point d’être capable, au bout de 2 ans, de faire de l’accompagnement.
«Mais je n’étais pas à l’aise, pas rassuré. Il y a eu un déclic quand j’ai vu Jimmy Rosenberg en concert. Il était plus jeune que moi, alors que je pensais que c’était pour les adultes. Je me suis dit qu’il y avait peut-être moyen de faire quelque chose. Mon premier but a été de jouer comme lui».
Son premier concert date de 96. Il assure la rythmique en trio avec son père et un autre musicien. Et continue de travailler, à partir de disques et de vidéos, copiant ce qu’il entend sans rien connaître au solfège et cherchant sa propre voie. «Avec l’âge et le ras-le-bol de faire toujours la même chose, j’ai évolué. Je trouvais ça old school, je voulais quelque chose de plus frais, plus moderne».
Aujourd’hui, Hervé Gaguenetti et Vladimir Torres offrent un cadre stable et un complément idéal à l’épanchement artistique de Ritary. «La formule fonctionne et ça a pris d’autant mieux qu’en 2003, avec le 50e annversaire de la mort de Django Reinhardt, on a senti un regain d’intérêt pour ce style».
Comme toujours, l’expression jazz manouche introduit avec elle l’ombre de Django Reinhardt. Dans un domaine où tous les festivals portent son nom, le mot incontournable n’est pour une fois pas galvaudé. «Le jazz manouche a ceci de particulier que le public exige des standards sur disque comme en concert. Le public réagit beaucoup par rapport à ces morceaux. A côté de cela, je tiens aux compositions parce que cela dénote d’une démarche et d’une évolution. Même si je sais qu’il faudra toujours jouer "Minor swing"».
Travaillant à l’oreille, Ritary a dû cependant acquérir un minimum de théorie pour écrire. «Je me suis juste forcé à apprendre les accords par coeur ; c’est toujours les mêmes. Un prof voulait me faire passer tout l’aspect théorique de la musique, mais je n’en ai pas besoin».
Stéphane Paris
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